Journal de la Creuse libertaire

Jacky c'était mon pote. Un mec pas banal justement ! Imagine, c'était le"blacos", ou le "négro", comme ils l'appelaient au coeur de la blanche France profonde, dans le canton de Sardent, renommé pour son maquis de jeunes réfactaires au STO dénoncés puis massacrés, sa fête annuelle des huitres, son trial d'enfer et son vieux film"Le beau Serge".
Effectivement Jacky était un pur "blacos". Né à la réunion, il aurait pu naitre aussi à Haiti... Il avait été déporté, dès son plus jeune âge, en Creuse, par la volonté du ministre Debré, pour servir de futur bras à l'agriculture défaillante. Bref, Jacky, élévé à la creusoise dans le racisme ambiant, il en a du résister un max pour oublier son triste sort...Manque de bol, un accident de la route, lui piéton, contre l'autre, moto rapide, pas de pitié, handicapé à vie le Jacky, direction la Cotorep...Handicapé, pauvre, mais baraqué, il a préféré tailler seul sa triste route..
Je l'ai rencontré y'a trois ans chez un pote de son canton. "L'indien", comme disent les autochtones. Retour au pays le Jacky, après les aventures de la rue, connues de tous les Don Quichochote et qui n'arrivent qu'aux autres. Une vie parisienne de SDF baroudeur banalisée par la survie, bastonné par les skins, le délire, les joints, l'alcool, la violence, la taule...Un cas social bien connu de la police le creusois Jacky. Heureusement, à Paris, il avait rencontré ses amis rastas, anarcho-punks, rebelles frapadingues, solitaires solidaires, compagnons pour soulager la misère. Et il est revenu mourir dans son pays, seul. Avec toujours vivant ce vieux rêve de fraternité contre l'adversité. Pas de problème, il a fait son "Tour de France" mon pote Jacky, c'était un Compagnon, pas un moins que rien...Hasta siempre !